LA LETTRE

NON ! à l'ouverture de nouvelles salles de shoot dans le 10E

10/09/2021

NON ! à l'ouverture de nouvelles salles de shoot dans le 10E

Nous sommes convaincus de la nécessité de nouvelle salles de shoot, mais leurs implantations doivent être réfléchies et envisagées selon l’environnement et les nuisances inévitables qu’elles génèrent. Pour préserver notre quartier, nous vous invitons à signer une pétition et manifester avec l’ensemble des associations et collectifs du quartier.

 

Nous avons appris par la presse, le 31 août dernier, et via un courrier de Madame Hidalgo adressé au Premier Ministre, Jean Castex,  que la Mairie prévoit d’ouvrir « deux sites [de prise en charge du crack] dans le quartier des Grands Boulevards, à la frontière de Paris Centre et le 10ème arrondissement, dont un opérationnel avant la fin de l’année. »

La Mairie a donc décidé, a priori sans aucune information et concertation dans le quartier, d’ouvrir non pas 1 mais 2 salles de prise en charge du crack dans notre quartier, sur les 4 qu’elle ouvrira dans le Nord-Est Parisien. 

Nous avons, le jour même, sollicité un rendez-vous à la Maire du 10è et auprès de Monsieur Grégoire, premier adjoint à la Maire de Paris, afin d’en savoir plus sur ce projet, les lieux retenus… et comprendre pourquoi nous n’avons pas été informés, ni « concertés ». Nous n’avons, à ce jour, aucun retour ! 
C’est donc ça la démocratie participative…


Une nécessité !
Nous partageons évidemment la nécessité de développer une réponse sanitaire à la hauteur des besoins des consommateurs de crack, avec un accompagnement médical, social et psychologique. La méthode, en revanche, nous inquiète et vous avez été nombreux à nous écrire ces derniers jours sur ce sujet.


De nouvelles salles ! 
Notre arrondissement compte à ce jour la seule Salle de Consommation à Moindre Risque (SCMR) d’Île de France et de nombreuses structures dédiées aux toxicomanes : 3 centres d’accueil, 2 unités mobiles, 1 centre de soin et au moins 1 hôtel réquisitionné ! Personne ne peut nier les difficultés auxquelles sont confrontés les riverains de ces structures, notamment la salle de shoot.
Pour désenclaver le quartier de la SCMR et les problèmes de drogue s’étendant à tout notre arrondissement, nous avons largement milité pendant la campagne électorale, auprès des différents candidats, pour l’ouverture d’autres salles. Nous souhaitons que d’autres salles voient le jour dans d’autres zones afin d’avoir une plus large couverture géographique et de réduire l’intensité des nuisances autour de chaque salle. Dans une optique de santé publique et de réduction des nuisances auprès des riverains, les choix d’implantations devraient ainsi favoriser les quartiers à faible densité d’habitation, intra muros ou non, (Par exemple des quartiers de bureau, d’ambassades ou hors de la ville, comme c’est le cas à Zurich ou Strasbourg).
La majorité élue s’y était engagée. Nous étions loin d’imaginer qu’elle envisageait d’en ouvrir de nouvelles dans notre arrondissement !


L’overdose
Ajouter de nouvelles salles dans notre quartier conduirait à un effet d’attractivité des toxicomanes et du trafic de drogue dans notre arrondissement à forte densité résidentielle, ainsi délimitée par une SCMR au nord et 2 salles de prise en charge du crack au sud. L’importance des nuisances augmenterait donc pour un grand nombre d’habitants ! Sans compter que la densité de ce quartier induit déjà de nombreux problèmes : deal, prostitution, agressions et violence, mafias contrôlant l’espace public et la majorité des commerces, sauvettes et trafics, jeux d’argents…
Ni la Mairie, ni la Préfecture ne sont capables de les résoudre à ce jour. Avant d’ajouter de nouveaux problèmes à notre quartier, nous aimerions que les problèmes actuels soient résolus !! 
Les effectifs de notre commissariat sont insuffisants pour faire face aux difficultés grandissantes de notre arrondissement. La police est dépassée par les délits commis dans l’arrondissement. Elle nous indique régulièrement ne pas pouvoir intervenir en raison d'autres urgences dans notre l’arrondissement. 
Quant à la Police Municipale, la Mairie nous a promis de l’installer dans notre quartier, compte tenu de nos difficultés. Mais nous faisons face à une pénurie de locaux et le seul lieu proposé est l’école Paradis que la Mairie envisageait de fermer. Pourquoi dans notre arrondissement devons nous choisir entre une école et un commissariat ?
Cependant, quand il s’agit de trouver un site de prise en charge du crack, la Mairie ne trouve pas un local, mais deux dans le quartier !!!

 

 

Le choix d’implantation des ces nouvelles salles de prise en charge ne tient absolument pas compte des difficultés dans un quartier dense et du retour d’expérience de Lariboisière.
Les Grands Boulevard sont aussi denses (si ce n’est plus). C’est un quartier très familial, qui compte 10 crèches et 5 écoles à proximité. Quelle sécurité et exemple pour nos enfants réserve l’installation de deux salles de crack dans le quartier ?
Les Grands Boulevards sont également très fréquentés, en raison des nombreux lieux culturels qui font l’identité de notre quartier (11 théâtres , 3 cinémas , 3 discothèques  et 2 musées ) et de ses nombreux bars et restos qui en font le « quartier de la soif » (rue du Faubourg Saint-Denis, cours des Petites écuries, rue de Mazagran, Boulevard Bonne Nouvelle…). Le quartier connaît donc une vie nocturne très animée avec de nombreux rassemblements devant ces sites culturels ou de restauration. Le risque est majeur de mettre deux SCMR du crack à proximité d’une population si dense. Sans parler des risques d’incitation/ de tentation que cela peut provoquer auprès des jeunes parisiens fréquentant notre quartier !
Nous nous étonnons par ailleurs qu’après 2 années compliquées pour le secteur culturel et de la restauration, la mairie prenne une telle décision qui aura nécessairement un impact sur les activités de ces secteurs dans le quartier !!


« Chacun doit prendre sa part ! »
Les habitants sont attachés à la vie de quartier qu’ils trouvent dans le Nord-Est populaire de Paris, mais la qualité de vie devient un vrai problème. Elle est la première raison d’exode des habitants ! La forte mixité qui fait la richesse de ces quartiers pourrait rapidement voler en éclat. Les plus aisés partiront, et le Nord-Est de la ville se ghettoïsera, en perdant toute sa mixité sociale !

Il n’y a pas que le 10ème arrondissement qui doit se mobiliser sur la consommation de stupéfiant dans la capitale !! Pourquoi le 10ème devrait compter 3 salles de shoot alors que la majorité des arrondissements n’en n'ont pas ? Nous sommes là victimes d’inégalité !!  
Pourquoi seul le Nord-Est de la ville devrait mettre en place des structures d’accueil et de prise en charge ? N’avons nous pas, dans le 10ème arrondissement et plus largement dans le Nord-Est de Paris, le même droit à une vie paisible et sécurisée que dans les autres arrondissements ?
Quel est vraiment le projet des autorités pour les quartiers populaires ? Les entretenir dans la misère et en rajouter toujours plus ???!!

Au nom de quel droit peut-on ainsi réduire la qualité de vie des quartiers populaires ? Profite-t-on du fait que la population de ces quartiers est moins encline à faire respecter ses droits et que les habitants ont moins le réflexe d’alerter l'autorité publique quand ils voient des incivilités, trafics et consommateurs devant chez eux ? Ou alors est-ce pour protéger le centre ville et les beaux quartiers que la Mairie préfère installer ces salles « à la frontière » de Paris Centre ? 
Nous sentons bien effectivement que la Mairie est en train de recréer cette « frontière » du 17ème siècle et redonner tout leur sens à nos portes Saint-Denis et Saint-Martin. Les « crackeurs » d’un côté, la Zone à Trafic Limité de l’autre ! Deux politiques différentes, deux qualités de vies bien inégales pour les habitants d’une même ville !


Une politique globale de la ville !
Notre arrondissement n’a pas vocation à devenir le plus grand marché de drogues à ciel ouvert.  La politique de la ville doit être globale et pas au détriment des quartiers populaires.

 

Notre position est très claire. Chacun doit prendre sa part ! Nous avons déjà beaucoup donné. NOUS N’ACCEPTERONS AUCUNE NOUVELLE SALLE D’ACCUEIL OU DE PRISE EN CHARGE DE TOXICOMANES DANS LE 10ème, TANT QUE LES ARRONDISSEMENTS HORS DU NORD-EST N’OUVRIRONT PAS DE NOUVEAUX DISPOSITIFS DE PRISE EN CHARGE DE TOXICOMANES !

 

Évidemment, il est très probable qu’aucune mairie d’arrondissement ne soit volontaire pour ouvrir une salle de prise en charge du crack dans son quartier et accueillir une population en détresse, dépendante et souvent violente. Tout le monde est bien conscient des soucis que cela impose dans un quartier dense.
Il faudrait alors réfléchir à d’autres solutions, prenant en compte les nuisances des riverains, et réglementer l’installation de site de prise en charge et de consommation dans des lieux plus éloignés d’habitations, pour ne réduire la qualité de vie d’aucun citoyens (par exemple définir un nombre d'habitants maximum dans le km2 autour de la salle, installer  en quartier non résidentiels, au sein d’hôpitaux, dans des quartiers d’affaires, sur des friches industrielles, …). . Strasbourg et Zurich (notamment) ont fait ce choix, avec le succès qu’on leur connaît !
D’autre pistes pourraient également être envisagées. Comme voter une loi pour la prise en charge médicale de ces personnes qui ne peuvent pas, avec les troubles engendrés par cette dépendance, vivre décemment, dans la rue, sans se mettre en danger leur vie et celle d’autrui. 
Tout est une question de volonté…


Avec l’ensemble des associations et collectifs du quartier, nous avons décidé de mettre en place une pétition et d’organiser une manifestation samedi prochain, 18 septembre à 14h, devant la poste de Bonne Nouvelle, 18 boulevard Bonne Nouvelle.
Venez nombreux et parlez en autour de vous ! C’est notre seule chance d’être entendus

 


Aux détracteurs :

Évidemment, certains vont nous accuser de manquer d’humanité ! Nous rappelons que nous sommes en faveur de davantage de salles de shoot mais avec une meilleure couverture géographique pour toucher davantage de public et avoir un meilleur accueil. La concentration à un seul endroit dégrade le service à ces publics fragiles et dégrade significativement la qualité de vie des riverains, la concentration n’est pas une solution comme cela l’a été tristement illustré récemment avec l’épisode du jardin d’Eole. Pour rappel, notre arrondissement abrite déjà la seule SCMR d’Île de France à ce jour et il serait naif de  nier les problèmes que cette salle engendre.

On aura vite fait de dire qu’il faut ouvrir des salles là où ils sont… Mais il n’y a pas de concentration de toxicomanes sur les grands boulevards et il serait maladroit d’en créer une via l’installation de 2 sites. Les toxicomanes et crackers sont également présents dans d’autres arrondissements de Paris et au delà du périphérique, le fléau s’étendant. Il serait donc plus pertinent de répartir la couverture géographique de ces salles. Par ailleurs, l’histoire montre que les toxicomanes sont mobiles (ils ont quitté les gares de Lyon et Montparnasse pour venir s’installer à la Gare du Nord, par exemple, ou délaissé la colline du crack pour Stalingrad, puis Eole), ce qui plaide en faveur de l’implantation de nouvelles SCMR dans des zones de moindre densité, comme l’ont expérimenté avec succès d’autres villes, Zurich, Strasbourg. 

 

 

1- Le Comedy Club, Le théâtre du Gymnase, le Théâtre de la renaissance, Le Théâtre de la porte Saint-Martin, le Petit Saint-Martin, le Splendid, la Scala, l’Archipel, le Brady, le Théâtre libre et Le Théâtre Antoine.
2 - Le Grand Rex, l’Archipel et le Brady.
3 - Le Rex Club, le Memphis et le Globo.
5 - Le Musée du Chocolat et le Musée de l’éventail.

 

 

télécharger la lettre d'Anne Hidalgo

 

 SIGNONS LA PETITION 

 

télécharger le TRACT de la manifestation