L’arrêté de Château d’Eau : quel avenir après mars ?

08/03/2026

L’arrêté de Château d’Eau : quel avenir après mars ?

L’arrêté préfectoral régulant les horaires d’ouverture des commerces à Château d’Eau arrive à échéance fin mars. Alors que les élections municipales approchent, les positions politiques divergent. 
Pour nous, le maintien de cette mesure constitue un levier essentiel pour soulager les travailleuses des salons de coiffure et garantir une tranquillité nocturne aux riverains. 
Retour sur un dossier où le féminisme doit désormais passer des discours à l’action. 


Une échéance déterminante pour le quartier
L’arrêté préfectoral actuel, qui impose la fermeture au public de l'ensemble des commerces du quartier entre 20h et 5h du matin, reste en vigueur jusqu’à la fin du mois de mars. À ce jour, aucune confirmation n'a été donnée quant à son renouvellement. Si cette décision relève de la compétence de la Préfecture de Police et non de la municipalité, le contexte des élections municipales place ce sujet au cœur des débats politiques locaux. Les orientations des futurs élus pourraient en effet peser sur le maintien ou l’assouplissement de cette réglementation.


Un paysage politique aux positions contrastées
La majorité municipale actuelle se déclare favorable à l'arrêté. Toutefois, une certaine hétérogénéité apparaît au sein même de l’équipe sortante. Plusieurs candidats écologistes figurant sur la liste de la maire (notamment en deuxième, septième et huitième positions) ont publiquement manifesté leur opposition à cette mesure. Ces derniers ont d’ailleurs apporté leur soutien aux gérants de « Sabadou et Jade » dont les travailleuses sont actuellement en grève ! Rappel des faits ICI.

 

Cette dualité de discours interroge sur la cohérence de l'action publique : d’un côté, un discours favorable à une régulation ; de l'autre, un soutien à des acteurs économiques qui contestent ces mêmes règles.

 

De son côté, la candidate de La France Insoumise (LFI) a d'ores et déjà annoncé qu'elle demanderait la levée de l'arrêté si elle est élue.

 

Conditions de travail : un constat de précarité systémique
La défense des droits des femmes ne peut se limiter à une communication de « mobilisation » ou de « soutien » accompagnée de photographies. 
Sur le boulevard de Strasbourg, la réalité du terrain témoigne d’une exploitation structurelle des femmes. Les conditions de travail dans les salons de coiffure sont documentées depuis plus de dix ans, notamment depuis les mouvements de grève marquants de 2014-2015 qui avaient révélé de graves manquements au droit du travail, administratifs...
Malgré ces alertes historiques, la situation demeure préoccupante. En octobre dernier, un contrôle effectué dans un établissement au 71 du boulevard de Strasbourg (à présent fermé) a révélé l’emploi de travailleuses sans contrat, rémunérées 20 € par jour. Ce cas, loin d’être isolé, illustre la persistance d’un système où les obligations légales des gérants sont trop souvent éludées.

 

L’universalité des droits face à la réalité des salons
Aujourd'hui, les droits des femmes à Château d’Eau sont bafoués : exploitation dans les salons et harcèlement par les rabatteurs (pourtant interdit) sur l’espace public.
Cette situation rappelle une nécessité absolue : l’universalité des droits. Toutes les femmes, quelles que soient leurs origines, disposent des mêmes droits fondamentaux. Parallèlement, chaque gérant, quelle que soit son origine, est soumis aux mêmes obligations légales et au respect de la réglementation française.

Le constat factuel sur le boulevard de Strasbourg montre que la quasi-totalité des salons sont dirigés par des hommes qui exercent un pouvoir de direction sur une main-d'œuvre presque exclusivement féminine. Cette structure de domination facilite une exploitation que les discours politiques peinent à endiguer. Il est impératif que la loi s’applique avec la même fermeté pour tous les gestionnaires, afin de protéger les femmes.

 

L'arrêté : un outil concret
Cet arrêté préfectoral est la seule action concrète améliorant la qualité de vie des habitants du quartier. Pour nous, le soutien à cet arrêté est aussi un acte de solidarité, que nous avons souligné dès le début. En limitant les horaires d'ouverture, cette mesure assure aux travailleuses une fin de service à une heure raisonnable, favorisant ainsi un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Il y a un an, de nombreuses travailleuses confiaient d'ailleurs aux habitants leur satisfaction face à ce cadre protecteur.


En cette journée internationale des droits des femmes, l'association tient à rendre hommage à ces travailleuses. Plus que de simples discours ou des mobilisations symboliques, Château d’Eau a besoin d'une action politique ferme et pérenne pour garantir la dignité de toutes les femmes. 

 

 

 

 

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